• Un si bel adieu à a ce qui fut un si beau pays : Ma France ...

    A son ami Pierre parti avant lui ...

    « Pierre, nous avons connu et subi, tous les deux, trois ou quatre guerres infernales ; nous avons connu aussi les campagnes peuplées, le foirail aux veaux résonnant de patoiserie, puis le crépuscule brusque de la langue d’oc ; nous assistâmes à la mort de la culture paysanne ; à l’agonie des humanités gréco-latines ; à l’extinction du petit commerce : ton père boulanger, le mien marinier ; nous voilà enfin plongés dans le silence désormais désertique d’une société jadis travaillée, transcendée de sainteté.[…]

    Mon pays, pour moi, c’était toi ; toi fils du pétrin, moi fils de batellerie ; toi de la terre stable et moi du fleuve fluent ; toi, d’ici, depuis toujours, moi, hélas, de nulle part, errant, émigré, sans feu ni lieu. Pierre, tu étais devenu peu à peu mon lieu et mon feu, mon retour au pays.[…]

    Mon amarre, à partir de ce jour, je voudrais la crocher au lieu où tu reposes. Prie pour moi, Pierre, prie pour nous le Dieu de notre enfance qui t’enchante maintenant de Sa présence, pour qu’Il éclaire, par ton intercession glorieuse, mon savoir médiocre et mes essais petits ; supplie-Le pour qu’Il protège de son aile ma faiblesse et mon indignité désespérée.

    Adishatz, Pierre, adieu, comme on dit ici, sans y penser. À Dieu. »
    Michel Serres

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